Chocolate, biscuits & confectionery of Europe


Nov 24,2012  -  Volatilité des prix

Please read the press article from "Agra Alimentation" (only in French): La volatilité des prix s’est installée… pour durer

 

La volatilité des prix s’est installée… pour durer

L’instabilité des prix agricoles est revenue, et même leur volatilité forte et soudaine un peu comme en 2007-2008. Or, c’est un facteur pour le moins perturbant dans les relations au sein de la chaîne alimentaire. Pour le consommateur, la plupart des produits qui entrent dans son panier habituel y ont un peu échappé jusqu’ici grâce au rôle d’amortisseur qu’ont joué les politiques agricoles (la PAC en particulier jusqu’à une époque récente) et aux efforts de productivité de l’industrie comme du commerce alimentaires. Aujourd’hui, les industriels, pris entre la demande d’un meilleur revenu pour les agriculteurs et la pression de leurs clients distributeurs, ont en tout cas besoin pour leurs approvisionnements en matières premières de trouver plus de transparence sur les marchés. C’est ce que leur promettent les promoteurs de nouveaux contrats à terme, par exemple avec les dérivés du lait qui démarrent sur Euronext. C’est pareillement pour remédier à une trop grande opacité des circuits alimentaires d’aval que les pouvoirs publics lancent un nouvel Observatoire des prix et des marges.

 


Depuis cet été, les prix auxquels les industriels de l’agroalimentaire achètent leurs matières premières se sont mis à grimper, tant les denrées d’origine agricole ou maritime que les produits tropicaux comme le cacao ou le café. En trois semaines, le prix du blé a flambé de +80% après les incendies en Russie et le café est devenu 20 à 40% plus cher qu’au début de l’année. La hausse du dollar s’est cumulée avec des données objectives et des anticipations pessimistes sur les récoltes. Surtout la tendance a été fluctuante au gré des semaines, notamment pour le cacao, dont les cours ont quadruplé avant de rechuter partiellement ensuite, ce qui n’a pas aidé à rendre crédibles aux yeux de leurs clients distributeurs les demandes de hausses de tarifs des industriels. Maintenant que les négociations annuelles avec les enseignes s’ouvrent sérieusement pour 2011, l’industrie alimentaire n’a plus beaucoup de marge de manœuvre, même dans le cas d’entreprises qui contractent sur la durée ou qui pratiquent des politiques de couverture. Et le phénomène fait tache d’huile : ce qui vaut dans les filières végétales se reproduit maintenant dans les filières animales, en particulier à travers le coût de l’aliment du bétail mais aussi du fait du retour à une tendance haussière, modérée mais continue, du prix du lait en France. De même, la plupart des espèces de poissons sont en pleine flambée depuis quelques mois.

 

Contagion ou spéculation ?

 

L’instabilité des prix qui était courante pour les denrées qui s’échangent sur les marchés internationaux se retrouve donc sur des produits pour lesquels les échanges mondiaux ne représentent en réalité qu’une infime part des transactions : cette volatilité généralisée découle bien évidemment de la dérégulation qui affecte la politique agricole commune et que beaucoup considèrent comme une donnée sûrement acquise pour l’après 2013. Comme le rappelait récemment Philippe Chalmin devant les biscuitiers et chocolatiers réunis dans un séminaire d’Alliance 7, « tout a changé avec la réforme de la Pac qui a libéralisé le marché des céréales, qui a sonné la fin des quotas laitiers et qui pourrait remettre en cause aussi les quotas sucriers ». L’expert en matières premières propose un distinguo utile désormais entre d’un côté les produits dotés de marchés dérivés (marchés à terme) comme le café, le cacao, le sucre, les céréales, le soja et, de l’autre, les produits purement « physiques » que sont le beurre et la poudre de lait ou les fruits secs. Mais il écarte d’un revers de main les accusations portées contre le développement des marchés dérivés : aux industriels qui mettent volontiers en cause la spéculation financière comme un facteur de volatilité supplémentaire, Philippe Chalmin rétorque que « les marchés à terme ne créent pas les fluctuations ». La spéculation, pour lui, c’est « l’écume de la vague, mais sous l’écume, il y a bien l’eau de la vague, c’est-à-dire les tendances de l’offre et de la demande. L’acier, le riz ou les frets maritimes sont des marchés très volatils, avance-t-il, or on n’y trouve guère les fonds spéculatifs. »

 

L’industrie en quête de stabilité

 

Rien là qui puisse vraiment rassurer les industriels. Leurs représentants, en tout cas ceux qu’avait convié Alliance 7, ne semblent pas prêts à suivre le fondateur de Cyclope sur ce terrain : que ce soient les industriels utilisateurs de sucre ou les chocolatiers, ils voudraient tous s’approvisionner à des prix stables et pour des quantités et des qualités garanties. Evoquant les marchés laitiers, le vice-président de Caobisco (le lobby européen du chocolat) défend la nécessité de limiter les fluctuations par des stocks de régulation. « Se dispenser de stocks, rêve de certains hommes politiques, pourrait devenir le cauchemar de la plupart des acteurs de la filière », estime Filippo Cerulli. Et pour lui, la concurrence ne devrait « pas se faire uniquement sur les prix mais sur la valeur totale offerte aux consommateurs, incluant la qualité, la sécurité alimentaire, le bien-être animal et la durabilité ».

 

Des marchés trop encadrés ?

 

Même discours contre les fluctuations excessives des prix chez le président du CIUS (les industries utilisatrices de sucre) soulignant le paradoxe de la dernière réforme de l’organisation commune du marché du marché du sucre qui n’a fait qu’en renforcer le caractère réglementé mais sans en empêcher la volatilité. Ses adhérents achètent les deux tiers du sucre vendu en Europe, note Robert Guichard, et pourtant ils n’ont pas encore obtenu gain de cause sur leur demande de simplification et de libéralisation de ce marché : celui-ci demeure sous quotas et les producteurs les plus compétitifs ne peuvent produire plus ni exporter sans restrictions, ce qui peut pousser les prix exagérément à la hausse, selon eux. C’est donc une disparition des quotas, « dès 2015 » que souhaitent les industriels utilisateurs, unique condition, pour Robert Guichard, pour que « l’industrie sucrière s’adapte plus facilement aux changements prévus et imprévus de l’offre et de la demande en Europe et dans le monde ».
Et aujourd’hui, l’ouverture de nouveaux contrats sur Euronext pour l’orge de brasserie ou pour la poudre de lait ne semble pas susciter l’enthousiasme de ces mêmes industriels, qu’ils soient d’ailleurs vendeurs ou acheteurs. Et pourtant, l’objectif de leurs promoteurs est d’offrir à l’industrie agroalimentaire un nouvel outil permettant de suivre l’évolution des cours et de mettre en place des stratégies de couverture par rapport à la volatilité qui s’est installée sur les marchés.

 

Mise en place de l’Observatoire des prix et des marges
La mise en place de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires vient d’être officialisée par le ministre de l’Alimentation. 
Sa mission sera de rétablir plus d’« équité et de justice » en faveur des agriculteurs, selon Bruno Le Maire, qui en a confié la présidence à Philippe Chalmin, économiste spécialiste des marchés agricoles mondiaux. 
L’Observatoire, inscrit dans la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche (LMAP), prend la suite de celui qui existait depuis 2008 et lui assure la pérennité qui lui manquait jusqu’ici et il devrait servir à apaiser les relations toujours tendues entre producteurs, industriels de l’agroalimentaire et distributeurs.
Composé d’une trentaine de personnes (Etat, syndicats agricoles, pêche, industriels, distributeurs, consommateurs), l’Observatoire rendra «en priorité» un rapport sur la filière de l’élevage, a précisé le ministre de l’Alimentation, sans doute avant la fin de l’année. Il rendra également un rapport annuel destiné au Parlement, dont la première édition est prévue pour le printemps prochain et il communiquera sur une base mensuelle en publiant ses travaux sur un site internet.
Le précédent Observatoire des prix et des marges, créé en 2008 au ministère de l’Economie pour accompagner la Loi de modernisation de l’économie (LME), poursuit donc sa mission en la recentrant sur les prix de détail des produits de grande consommation vendus dans la grande distribution.

 


« Une hausse moindre mais plus difficile à répercuter qu’en 2007/2008 »
« La part des matières premières dans le prix de revient de nos produits varie de 25 % quand il n’y a ni chocolats ni fruits secs, à 40 %, pour le bio par exemple, explique Gérard Lebaudy, président de la Biscuiterie de l’Abbaye. Nous faisons des gains de productivité autant que possible mais quand les prix augmentent trop, ça ne suffit pas, il faut répercuter la hausse. C’est difficile et cela se fait toujours avec retard. En 2007/2008, tant le prix des céréales que celui des produits laitiers a augmenté. Paradoxalement, alors que nous avions besoin d’une hausse de tarif plus importante, cela a été plus facile à faire passer qu’en ce moment où seules les céréales sont très fortement concernées ! Pour gérer la volatilité du prix des matières premières, nous essayons de construire des partenariats à long terme, pour le beurre d’Isigny ou avec notre meunier par exemple, et de passer des marchés de longue durée. »

 

Poisson : Findus fait état d’un renchérissement structurel
Le poisson a connu des hausses de prix importantes ces derniers mois (+57 % pour le saumon rose du Pacifique de juin 2009 à septembre 2010) ou encore + 21 % pour le cabillaud atlantique d’octobre 2009 à septembre 2010. Alors que la demande mondiale augmente, la pêche, elle, stagne et l’aquaculture ne convient qu’à quelques espèces (qui se nourrissent d’ailleurs en partie de poisson). Ce renchérissement de la matière première qui constitue 75 % du prix de revient du poisson pané et 90 % de celui du poisson nature conduit Findus à vouloir revoir ses prix à la hausse. Sur un chiffre d’affaires 2010 estimé à 190 millions d’euros (170 millions d’euros en 2009), l’industriel estime que la hausse des prix va grever sa marge à hauteur de 4,5 millions d’euros. Un chiffre qui pourrait atteindre 9,6 millions d’euros l’an prochain. Findus souhaite donc augmenter ses prix de 15 % en moyenne pour répercuter l’impact des matières premières. 
Le spécialiste du poisson surgelé met en garde contre l’installation d’un marché de pénurie sur le poisson.

 

De la nécessité des outils de couverture en céréales
« Les prix de l’orge brassicole ont augmenté de manière significative ces dernières semaines, confiait récemment Alain Le Floch, directeur général de Malteurop à Agra alimentation. Cette hausse peut traduire des effets de marché ou une raréfaction de la matière. C’est le cas notamment dans les pays de l’Est. En France, la récolte est satisfaisante. A court terme, pour Malteurop, il n’y aura pas de conséquences. Notre système d’approvisionnement nous garantit des quantités suffisantes d’orge de qualité. Quand on vend du malt, on achète tout de suite la matière première et on répercute les hausses de prix tout de suite. Mais encore faut-il s’assurer que l’on est capable d’honorer l’offre physiquement. Le retour de la volatilité des cours montre surtout la nécessité des outils de couverture. Nous avons fait un énorme travail sur la gestion des approvisionnements. Pour une entreprise comme la nôtre, c’est tout à fait stratégique. »